Consommation

Produits ménagers : comprendre les limites d’un futur score

Les étiquettes ne donnent pas toujours une lecture simple des produits ménagers. Deux méthodes proposées par l’Anses cherchent à distinguer leurs dangers pour la santé et l’environnement.

Produits ménagers : comprendre les limites d’un futur score
Individual in protective gear cleaning microwave using spray bottle and cloth indoors. Cette photographie accompagne l’article « Produits ménagers : comprendre les limites d’un futur score ».

Un nettoyant ne se résume pas à la surface qu’il promet de faire briller. Sa composition, sa forme et ses conditions d’emploi influencent les dangers pris en compte par les évaluations. Or l’information présente sur les emballages varie selon les produits et reste souvent difficile à interpréter. L’Anses a donc élaboré deux méthodes de catégorisation destinées à mieux informer les consommateurs sur les dangers pour la santé et l’environnement.

En bref

  • L’Anses propose deux méthodes pour classer les produits ménagers selon leurs dangers sanitaires et environnementaux.
  • Les résultats santé et environnement resteraient distincts afin qu’un bon résultat ne masque pas un mauvais.
  • Les sprays, le nombre de substances et certains parfums ou colorants font partie des critères examinés.

Une information qui dépend du type de produit

Les produits concernés couvrent l’entretien du linge, des surfaces, des sanitaires et de la vaisselle, mais aussi les insecticides, répulsifs, rodenticides et désodorisants d’atmosphère. Les règles d’étiquetage ne sont pas identiques pour toutes ces familles. Pour les détergents, les emballages doivent notamment signaler les substances parfumantes et les agents conservateurs. Cela ne signifie pas que l’ensemble de la composition est toujours affiché de façon exhaustive et facilement compréhensible.

Cette difficulté explique l’intérêt d’une information plus lisible. L’Institut national de la consommation défend ainsi un Ménag’Score gradué de A à E. Dans son étude de plus de 100 produits ménagers, le magazine 60 millions de consommateurs a relevé la présence majoritaire de substances toxiques, irritantes ou allergisantes. L’INC associe également ces produits à la pollution de l’air intérieur et aux rejets dans les eaux usées. Son initiative relève toutefois d’une demande d’étiquetage, pas d’un dispositif généralisé sur les emballages.

La consultation des contenus consacrés à la consommation au quotidien peut aider à replacer ces choix dans les usages domestiques. Face à un produit, le nom commercial ou une promesse d’efficacité ne suffisent pas à caractériser son niveau de danger. Le type de formule, les précautions prescrites et les conditions d’utilisation restent des éléments déterminants.

Deux méthodes proposées par l’Anses

La première méthode construite par l’Anses s’appuie principalement sur les dangers sanitaires et environnementaux des substances entrant dans la composition du produit. La seconde part de la classification du produit lui même au regard du règlement européen relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage, appelé CLP. Les deux approches mobilisent des bases de données d’organismes reconnus, dont les classifications CLP et celles du Centre international de recherche sur le cancer.

Relaxed home office scene with a person working remotely with laptop, coffee, and documents.
Les conditions d’emploi et les précautions figurant sur l’emballage restent essentielles. Source: Pexels. Attribution: RDNE Stock project. Licence: Pexels License.

Les travaux accordent une attention particulière aux substances cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques, aux allergisants respiratoires et aux perturbateurs endocriniens. Pour l’environnement, ils ciblent notamment les propriétés de persistance, de bioaccumulation, de mobilité et de toxicité. Les substances réglementairement classées comme cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques sont interdites dans les produits ménagers au delà de certains seuils de concentration. Les sources indiquent qu’elles peuvent néanmoins être présentes à plus faible concentration.

Chaque méthode aboutit à deux résultats séparés, l’un pour la santé humaine, l’autre pour l’environnement. Cette séparation évite qu’un résultat favorable sur un volet compense un résultat défavorable sur l’autre. La catégorie A correspond au niveau de danger le plus faible dans la proposition de l’Anses, sans équivaloir à une absence de danger. La catégorie E représente le niveau le plus élevé.

La formule ne fait pas tout

Le mode d’utilisation entre aussi dans le calcul envisagé. L’Anses souligne qu’un spray expose davantage qu’un gel, car les particules mises en suspension dans l’air intérieur peuvent conduire à une exposition respiratoire, cutanée ou oculaire. La forme du produit n’est donc pas un détail de présentation. Elle peut modifier la manière dont l’utilisateur entre en contact avec les substances présentes.

Le nombre de substances est également considéré. Une formule très chargée accroît la probabilité d’interactions entre substances, parfois désignées comme un effet cocktail. L’Agence prend aussi en compte les mélanges déjà préparés dont la composition exhaustive n’est pas nécessairement connue du responsable de la mise sur le marché du produit final. Enfin, les parfums et colorants, lorsqu’ils ont un intérêt limité pour l’efficacité recherchée, peuvent augmenter la toxicité de certains produits.

Ces critères ne transforment pas une lettre en diagnostic médical ni en verdict sur tous les usages. Ils servent à classer des produits selon un niveau de danger calculé à partir des données disponibles. La lecture du mode d’emploi, des consignes de dilution, du rinçage et des protections demandées demeure donc nécessaire, même en présence d’un éventuel score.

Des essais qui doivent encore être consolidés

L’Anses a testé ses méthodes sur un panel de 72 produits, choisis pour représenter diverses formes et fonctions. Elle recommande désormais une expérimentation à plus grande échelle afin d’en améliorer la robustesse et l’applicabilité. Des questions restent ouvertes sur le périmètre des produits, la lisibilité des étiquettes et la coexistence avec d’autres affichages. Les ministères à l’origine de la saisine devront retenir une approche et choisir le type d’affichage.

A young man cleaning a window indoors with a spray bottle, focusing on household chores.
Après le nettoyage, l’aération aide à disperser les substances émises dans l’air intérieur. Source: Pexels. Attribution: MART PRODUCTION. Licence: Pexels License.

Une analyse publiée par The Conversation rapporte que les deux méthodes ont produit des résultats comparables sur un panel de produits. Environ 80 % ont obtenu E pour le volet sanitaire, contre 15 % pour le volet environnemental. Cette différence ne permet pas de conclure à une faible importance des enjeux environnementaux. Elle reflète aussi le manque d’évaluations disponibles pour de nombreuses substances dans les sources environnementales consultées.

Les méthodes sont donc appelées à évoluer avec les connaissances scientifiques. L’Anses évoque la possibilité d’intégrer d’autres paramètres si les données le permettent. L’enjeu n’est pas de promettre une information définitive, mais de rendre plus visibles des dangers et de donner aux fabricants des leviers pour revoir leurs formulations.

Des gestes cohérents avec les recommandations

En attendant une éventuelle généralisation d’un affichage, les conseils relayés par The Conversation restent concrets. Un détergent peut suffire lorsque l’usage d’un désinfectant n’est pas nécessaire. Les quantités, dilutions, équipements de protection et consignes de rinçage indiqués sur l’étiquette doivent être respectés. Privilégier des produits sans parfum ni colorant permet aussi de réduire le nombre de composants et de substances potentiellement irritantes ou allergisantes.

  • Éviter les sprays et les produits générant des aérosols quand une autre forme répond au même besoin.
  • Aérer le logement après le nettoyage ou l’utilisation d’un désodorisant d’intérieur.
  • Ne jamais mélanger plusieurs produits.
  • Ne pas verser un produit ménager dans un emballage alimentaire.
  • Conserver ces produits hors de portée des enfants.

Ces précautions ne remplacent pas l’évaluation d’une formule, mais elles tiennent compte de la manière dont elle est employée. Un futur score pourrait faciliter la comparaison entre produits. Il ne dispenserait ni de lire les consignes ni de distinguer les deux dimensions qu’il entend rendre visibles : la santé humaine et l’environnement.

Les méthodes, les résultats de test et les recommandations sont détaillés par l’Anses, par l’analyse de The Conversation et par la proposition de l’INC.

Photo à la une. Source: Pexels. Attribution: Matilda Wormwood. Licence: Pexels License.