Habitat

Matériaux biosourcés : choisir sans raccourcis

Un matériau biosourcé provient en tout ou partie de biomasse, mais cette origine ne garantit ni faible impact environnemental, ni biodégradabilité. Dans le bâtiment, les documents techniques et l'analyse de cycle de vie restent déterminants.

Matériaux biosourcés : choisir sans raccourcis
Repère visuel pour comprendre Matériaux biosourcés : choisir sans raccourcis dans son contexte.

Le mot biosourcé décrit l’origine d’un produit, pas à lui seul sa performance environnementale ou sanitaire. Un produit est qualifié de biosourcé lorsqu’il est issu entièrement ou en partie de biomasse, c’est-à-dire de ressources agricoles, forestières ou marines. Cette définition, rappelée par The Conversation, impose de regarder la composition et l’usage avant de conclure.

En bref

  • Biosourcé désigne une origine, pas une garantie globale.
  • Les performances doivent être examinées selon la fonction et la mise en œuvre.
  • L’analyse de cycle de vie est nécessaire pour étayer le bénéfice environnemental.

Dans le secteur du bâtiment, les matériaux biosourcés peuvent être employés pour la structure, l’isolation, les mortiers, les bétons, les composites, les peintures ou les colles. Le ministère de la Transition écologique cite notamment le bois, le chanvre, la paille, la ouate de cellulose, le liège, le lin ou les textiles recyclés. Pour suivre les dossiers liés au logement, consultez notre rubrique Habitat.

Biosourcé ne veut pas dire composé uniquement de biomasse

La présence d’une part de carbone biosourcé suffit à permettre la mention biosourcé. Un objet présenté ainsi n’est donc pas nécessairement constitué à 100 % de matière biosourcée. The Conversation souligne que cette part peut être faible et recommande que le pourcentage soit précisé pour rendre l’information plus lisible.

Le terme ne doit pas non plus être confondu avec biodégradable. Le premier renvoie à l’origine du produit, le second à sa fin de vie. Un produit biosourcé peut ne pas être biodégradable, tandis qu’un produit pétrosourcé peut l’être. Cette distinction est particulièrement importante pour les matériaux composites, dont le recyclage peut être rendu plus complexe par l’association de plusieurs matériaux.

Enfin, biosourcé ne signifie pas automatiquement issu de l’agriculture biologique. La biomasse peut provenir ou non de ce mode de production. De même, une origine naturelle ne permet pas de conclure qu’un produit est sans effet sur la santé : les produits biosourcés peuvent avoir été transformés industriellement ou soumis à des traitements.

Des performances à examiner dans leur fonction

Dans la construction, le ministère indique que les matériaux biosourcés et géosourcés présentent des performances reconnues pour l’isolation thermique et le confort hygrométrique, notamment grâce à leur déphasage thermique et à leurs propriétés respirantes. Leurs capacités d’insonorisation sont également présentées comme un atout technique.

Ces qualités ne remplacent pas l’examen de la fonction assurée par le produit dans un ouvrage. Le ministère rappelle que les matériaux de construction doivent répondre aux exigences du code de la construction et de l’habitation par des évaluations et documents techniques destinés à garantir la qualité des ouvrages et à sécuriser l’ensemble des acteurs. Une grande partie de ces matériaux relève de règles professionnelles, d’Atec ou d’Atex reconnus par l’Agence qualité de la construction.

Les filières développent des essais de caractérisation portant sur la thermique, l’acoustique, la résistance au feu, la résistance aux champignons et la résistance aux nuisibles. Le fait que ces essais soient cités confirme qu’une performance doit être appréciée selon l’usage et la mise en œuvre visés, et non déduite du seul qualificatif biosourcé.

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Repère visuel pour situer construction bois isolation matériaux biosourcés dans le sujet traité. Source: Ideogram. Attribution: Ideogram. Licence: Ideogram API Terms.

Un avantage environnemental à démontrer

La substitution d’une matière non renouvelable par de la biomasse peut être un levier de réduction de l’impact environnemental. Toutefois, The Conversation précise que cette réduction n’est pas systématique. Elle dépend de nombreux facteurs et doit être examinée au cas par cas au moyen d’une analyse de cycle de vie rigoureuse.

Le stockage de carbone illustre cette nécessité. Pour un produit biosourcé, notamment en bois, l’intérêt climatique du stockage dépend de sa durée de vie. Tant que le carbone demeure dans le produit, il n’est pas dans l’atmosphère. Un objet à usage unique, tel qu’un gobelet en carton, le stocke sur une période trop courte pour produire le même effet qu’un produit durable.

L’analyse de cycle de vie aide également à rechercher les transferts de pollution. Un procédé peut consommer beaucoup d’énergie, particulièrement si cette énergie est fossile. La proximité de la biomasse n’épuise pas non plus la question : il faut prendre en compte les conflits d’usage possibles avec l’alimentation, ainsi que les autres fonctions des écosystèmes, telles que le stockage de carbone ou la biodiversité.

Le cadre propre au bâtiment

Le ministère présente les matériaux biosourcés comme issus de matière organique renouvelable, végétale ou animale. Ils peuvent être utilisés dans des produits de construction, de décoration, de mobilier fixe ou directement dans le bâtiment. La loi relative à la transition énergétique mentionnée par le ministère encourage leur utilisation lors de la construction ou de la rénovation des bâtiments.

Le label d’État Bâtiment biosourcé, créé en 2012 et actualisé en 2024, est volontaire. Il comporte trois niveaux d’exigence selon la quantité de carbone biogénique stocké grâce aux produits biosourcés. Le troisième niveau est le plus exigeant. Le label ne constitue donc pas une propriété automatique de tout bâtiment utilisant une matière biosourcée.

Pour le bois ou ses dérivés, le ministère indique que les matériaux pris en compte doivent provenir de forêts gérées durablement et présenter de faibles émissions de composés organiques volatils. Pour atteindre les deuxième ou troisième niveaux du label, les matériaux biosourcés doivent être mis en œuvre dans différentes fonctions du bâtiment, dont l’isolation. La demande de labellisation doit être adressée à un organisme conventionné avec l’État.

Une sélection fondée sur des preuves

Choisir un matériau biosourcé suppose donc de séparer plusieurs questions : quelle est sa part de biomasse, quelle fonction remplit-il dans le bâtiment, quels documents techniques encadrent sa mise en œuvre, et quelle analyse permet d’apprécier son impact sur le cycle de vie. Cette approche évite de confondre une origine de matière avec une garantie environnementale générale.

Les matériaux biosourcés peuvent répondre à des usages variés dans le bâtiment et présentent des caractéristiques techniques reconnues. Leur plus-value environnementale doit cependant être documentée selon le produit, son emploi et sa durée de vie.

Sources

Le mot biosourcé décrit une origine de matière, pas un résultat garanti. Un produit peut mobiliser une ressource d’origine biologique et rester mal adapté à un chantier, difficile à entretenir ou insuffisamment documenté pour l’usage envisagé. À l’inverse, une décision sérieuse ne se prend pas uniquement en comparant des slogans environnementaux. Elle commence par le besoin du bâtiment et par les preuves disponibles.

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