Les courses ont pris 35 % en dix ans, les salaires seulement 24 %

Entre les fruits d’été plus chers à cause de la sécheresse et le beurre suivant le marché mondial, la hausse des courses n’a pas une seule cause.

Laetitia Morvan Par Laetitia Morvan
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Les courses ont pris 35 % en dix ans, les salaires seulement 24 %
Photo d’illustration. Un étal de légumes frais dans un commerce d’alimentation, avec laitues, tomates, carottes, betteraves et poivrons.

En bref

  • Le panier alimentaire suivi par l’Insee a gagné près de 35 points sur dix ans.
  • Les légumes-fruits affichent 112 points de hausse entre août 2016 et août 2026.
  • Le salaire mensuel de base n’a progressé que de 24 points sur la même période.
  • Selon l’Insee, les ménages réduisent leurs achats, renoncent aux produits chers ou descendent en gamme.

Faire ses courses coûte nettement plus cher qu’il y a dix ans : d’après franceinfo, l’indice des prix de l’alimentation calculé par l’Insee a pris près de 35 points sur la décennie. Le sujet revient dans le débat à l’approche des appels à manifester du samedi 17 octobre, notamment contre le coût de la vie, une revendication déjà centrale chez les gilets jaunes en 2018.

Cet indice repose sur un relevé régulier : chaque mois, l’Insee note les prix des produits d’un panier alimentaire type, suivi depuis des années, ce qui permet de mesurer l’évolution du coût de l’alimentation avec précision.

Ce qui fait monter les prix, produit par produit

La hausse ne touche pas tous les rayons de la même façon. Voici les causes avancées par les analystes cités, rayon par rayon.

Produit ou poste Ce qui pèse sur le prix
Légumes-fruits Main-d’œuvre et aléas climatiques. Les fruits d’été ont gagné plus de 10 % en 2026 à cause de la sécheresse, selon Jean-Marie Séronie.
Beurre Indice en forte hausse depuis 2022, prix très lié au marché international puisque la France en exporte beaucoup.
Produits transformés Énergie nécessaire à la transformation, au transport et à la congélation, selon Mathieu Plane.

Fruits et légumes : des vagues qui montent

Le panier des légumes-fruits de l’Insee (concombres, aubergines, tomates, courges) fluctue avec les saisons : moins cher en été, plus cher en hiver. Mais depuis 2016, ces vagues se décalent vers le haut. Entre août 2016 et août 2026, le coût moyen de ces produits en France hexagonale a grimpé de 112 points.

Pour Jean-Marie Séronie, consultant en agroéconomie, « ce qui fait le prix des fruits et légumes, c’est le coût de la main-d’œuvre ». Il souligne aussi que la production est très sensible aux aléas climatiques et que les écarts d’augmentation varient énormément d’un produit à l’autre.

Beurre et énergie : l’effet des crises mondiales

La courbe de l’indice du beurre s’envole à partir de 2022. Après le Covid, explique Jean-Marie Séronie, le prix à l’export était très élevé, la grande distribution n’a pas renégocié ses prix d’achat et les industriels laitiers ont préféré exporter plutôt que fournir les magasins français. Maladies des vaches laitières, fortes chaleurs et recul du nombre d’exploitations pèsent aussi sur ce marché.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, a ouvert une crise de l’énergie : l’électricité était 14,5 % plus chère en 2023, selon le service statistique des ministères chargés de l’Environnement, de l’Énergie, du Logement et des Transports. Les aliments étant souvent transformés, cette hausse s’est répercutée jusqu’en caisse, d’après Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

Des salaires qui ont pris du retard

35 pointshausse de l’indice des prix de l’alimentation en dix ans
24 pointshausse de l’indice du salaire mensuel de base sur la même période

L’écart s’est creusé à partir de 2023. Mathieu Plane le résume ainsi : si les revenus montent plus vite que le coût de la vie, ce n’est pas si grave pour les ménages, mais « on n’a quasiment pas eu de gain de pouvoir d’achat sur dix ans », donc en moyenne le salaire a progressé moins vite que les prix.

Il distingue aussi les dépenses : si les restaurants deviennent trop chers, on peut s’en passer, alors que l’alimentation, l’énergie ou le logement sont des postes contraints.

Un retour en arrière paraît improbable. « Pour réduire les prix, il faudrait baisser les salaires », avance le même économiste, qui juge la hausse irréversible, car retraites, minima sociaux et smic sont indexés sur l’inflation. Il s’agit de son analyse. Pour que les salaires rattrapent leur retard, il faudrait une longue période de stabilité du coût de l’alimentation.

Comment les ménages adaptent leurs courses

Dans une enquête menée en janvier 2026 et publiée en mars, l’Insee relève trois réactions, réparties de façon équilibrée :

  • réduire sa consommation ;
  • renoncer aux produits les plus onéreux, avec ou sans remplacement ;
  • descendre en gamme, c’est-à-dire acheter le même type de produit, de qualité moindre.

Ces constats décrivent des comportements observés, pas des conseils : ils ne disent pas quelle option est la plus avantageuse pour un budget donné. Retrouvez d’autres repères dans la rubrique alimentation du blog.

Illustration générée par IA

Laetitia Morvan

Le journal des méthodes

Laetitia Morvan

Laetitia Morvan a été chargée de mission mobilité dans une communauté de communes bretonne, avant de rejoindre une AMAP comme coordinatrice. Elle écrit pour Écologie pratique sur la mobilité et l'alimentation : vélo, covoiturage, transports en zone rurale, circuits courts et saisonnalité. Elle fait ses trajets domicile-travail à vélo électrique, par tous les temps.