PFAS : Seb, propriétaire de Tefal, mis en demeure par trois associations
Le PTFE des poêles Tefal reste légal, mais le devoir de vigilance de Seb est contesté : trois mois pour répondre avant un possible recours à Paris.
Trois associations, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth, ont adressé une mise en demeure à Seb, le groupe propriétaire de la marque Tefal. Annoncée vendredi 9 octobre dans un communiqué, la démarche porte sur l’usage de PFAS, les « polluants éternels », dans la fabrication des poêles antiadhésives. Les ONG laissent trois mois à l’industriel pour réagir, faute de quoi elles envisagent de saisir la justice, comme le résume tf1info.
En bref
- Annoncée vendredi 9 octobre dans un communiqué, la démarche porte sur l’usage de PFAS, les « polluants éternels », dans la fabrication des poêles antiadhésives.
- D’après l’AFP, c’est l’emploi que Seb avait mis en avant pour obtenir cette exception.
- L’une s’indigne que l’on vende encore de telles poêles, tandis qu’une autre sait seulement qu’il faut éviter de s’en servir lorsqu’elles sont rayées.
Ce que réclament les associations
Le courrier demande à Seb de mettre son plan de vigilance en conformité avec la loi pour ce qui concerne le PTFE, un PFAS présent dans le revêtement de certaines poêles Tefal. Il s’appuie sur la lettre de mise en demeure que l’AFP a pu consulter, rapportée notamment par France 24. Dans leur communiqué, Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth demandent au groupe de recenser les dangers liés aux PFAS employés dans ses fabrications, puis d’organiser la sortie de ces substances en prévoyant la reconversion des salariés concernés.
Emma Feyeux, juriste chargée de la santé environnementale chez Notre Affaire à Tous, formule le reproche en termes juridiques : Seb ne respecterait pas ses obligations en ne tenant pas compte des risques liés aux PFAS et en n’organisant pas la fin de ces substances. Si l’entreprise reste silencieuse ou répond par la négative, elle pourrait être assignée devant le tribunal judiciaire de Paris, où un juge serait en mesure de lui imposer de se mettre en règle.
Le devoir de vigilance, fondement de la démarche
Les associations invoquent la loi de 2017 sur le devoir de vigilance. Depuis cette date, les grandes entreprises doivent repérer et prévenir, tout au long de leur chaîne de production, fournisseurs et sites étrangers compris, les atteintes possibles aux droits humains, à la santé et à la sécurité des travailleurs ainsi qu’à l’environnement.
Le texte de mise en demeure ne se limite pas à la santé et à l’environnement. Il réclame aussi un plan pour reconvertir les usines et les postes qu’un abandon des PFAS fragiliserait. Pour Emma Feyeux, ce volet est « central » : elle plaide pour une « transition juste » sur le plan social. Elle rappelle aussi que les ustensiles de cuisine devraient entrer dans le projet européen de restriction des PFAS, actuellement en discussion.
Des poêles encore autorisées
Selon L’Union, la loi du 27 février 2025 bannit depuis janvier 2026 ces substances des produits cosmétiques, des farts de ski et de certains textiles. Les ustensiles de cuisine en ont été exclus : les poêles à base de PTFE demeurent donc autorisées. D’après l’AFP, c’est l’emploi que Seb avait mis en avant pour obtenir cette exception.

Les risques ne sont pas tous équivalents. Le PFOA, une autre substance de la famille, est classé cancérogène pour l’homme, mais cela ne signifie pas que tous les PFAS, PTFE compris, présentent la même toxicité. Le ministère de la Santé, cité par franceinfo, mentionne néanmoins des risques pour les systèmes immunitaire, digestif et reproducteur, et le caractère potentiellement cancérogène de certaines substances. Manon Lenormand, de Générations Futures, insiste sur leur persistance : ces molécules s’accumulent, et leur présence dans l’environnement ne fait que croître avec les années.
La réponse de Seb et les autres procédures
Interrogée, la direction de Seb indique qu’elle étudiera la mise en demeure « avec attention » et y répondra « le cas échéant dans le cadre prévu par la loi ». D’après franceinfo, le groupe affirme respecter l’ensemble de la réglementation et conteste la toxicité de ses produits.
Ce dossier n’est pas isolé. Plusieurs épisodes, relevés par les sources citées plus haut, concernent déjà la marque :
- Seb et Tefal font l’objet d’une plainte d’ONG, dont Générations Futures, pour « pratiques commerciales trompeuses » : elles leur reprochent d’avoir décrit leurs poêles en Téflon comme « sûres ».
- Une première campagne de mesures révèle la présence de PFAS dans l’atmosphère autour de l’usine Tefal de Rumilly, en Haute-Savoie.
- La préfecture demande à l’industriel de caractériser cette pollution et d’y remédier, avec notamment un plan d’action attendu avant le terme de 2026.
- Tefal cite cette date dans sa réaction à la procédure visant le préfet de Haute-Savoie.
- En même temps que la mise en demeure, AERA, Cyclamen et FNE Haute-Savoie annoncent avoir saisi en référé la justice administrative à Grenoble au sujet des rejets atmosphériques de PFAS de l’usine de Rumilly.
Ce référé vise à contraindre la préfecture à prendre sans délai des mesures de protection efficaces de la population, par exemple en exigeant de Tefal la suppression de tout rejet de PFAS dans l’air et des études sanitaires. Tefal a fait savoir qu’elle réservait sa position pour le tribunal administratif.
Les salariés et l’opinion
La CFDT Métallurgie a elle aussi réagi. Selon le syndicat, « l’opinion publique se méfie et s’éloigne de ces revêtements », et il appelle Tefal à « un virage assumé vers l’inox ». Lors d’une négociation sur l’emploi et les parcours professionnels, ses élus n’ont pas réussi à faire ajouter un chapitre sur l’effet de la transition écologique sur l’emploi, et reprochent à la direction de minimiser ces effets sur l’activité.
Sur le terrain, les consommateurs interrogés par franceinfo se montrent partagés. L’une s’indigne que l’on vende encore de telles poêles, tandis qu’une autre sait seulement qu’il faut éviter de s’en servir lorsqu’elles sont rayées.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Horacio Cambeiro. Licence : CC BY-SA 3.0.
