Eau rare aux Antilles et à La Réunion, des usines s’adaptent

Antilles, La Réunion et Mayotte ont connu des restrictions d’usage. Plusieurs entreprises réduisent leur dépendance au réseau en recyclant leur eau.

Laetitia Morvan Par Laetitia Morvan
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Eau rare aux Antilles et à La Réunion, des usines s’adaptent
Photo d’illustration. Vue aérienne de nuit des bassins d’une installation de traitement et d’épuration de l’eau.

En bref

  • La sécheresse de l’été 2026 a surtout touché les Antilles et La Réunion, avec des alertes décidées par les préfectures.
  • Le Groupe Bernard Hayot traite et réutilise l’eau du lavage auto au béton, en passant par les plantations de bananes.
  • Blanchisserie, distilleries, hôtels et transporteur : d’autres sites ont installé ou préparent des dispositifs similaires.

Face aux restrictions de l’été 2026, des entreprises ultramarines ont choisi de prélever moins : elles recueillent l’eau de pluie et font revivre leurs eaux de process après traitement. Selon L’Energeek, ces pratiques existent déjà dans l’industrie, l’agriculture et les services.

Une sécheresse très inégale selon les territoires

Les tensions ont surtout touché les Antilles et La Réunion. Les préfectures ont placé plusieurs territoires en alerte sécheresse et limité certains usages. Voici le tableau, du plus touché au plus épargné.

Territoire Situation durant l’été 2026
La Réunion Toute l’île au moins en vigilance, alerte dans la plupart des communes. Alerte renforcée à Saint-Benoît, Saint-Philippe et Saint-André la majorité de la saison, coupures nocturnes à Saint-Philippe fin août.
Martinique Alerte dès mai, conservée l’essentiel de l’été. En juin, les pluies n’ont atteint que 20 à 60 % des normales selon les secteurs. Certains prélèvements agricoles ont été restreints et des tours d’eau instaurés.
Guadeloupe Nappes en baisse, surtout à l’est. Grande-Terre et La Désirade en alerte dès avril, jusqu’à la fin de l’été. Basse-Terre, Les Saintes et Marie-Galante sont restées en vigilance.
Guyane Relativement épargnée.
Mayotte Difficultés structurelles d’accès à l’eau, aggravées par le cyclone Chido, dans un contexte distinct des sécheresses ailleurs.

Ce que changent les niveaux d’alerte

Pour les particuliers, l’alerte signifie en général fini le lavage de la voiture à domicile, le remplissage des piscines et l’arrosage de la pelouse. Le potager peut rester arrosable, mais parfois seulement le soir ou la nuit. Ces règles ne sont pas uniformes : la préfecture de son territoire fait foi.

GBH, de la station de lavage au béton

Présent dans les cinq DOM, le Groupe Bernard Hayot (GBH) intègre l’eau à plusieurs métiers. Ses stations de lavage automobile sont présentées comme fonctionnant en « zéro consommation et zéro rejet » : elles captent les eaux pluviales, puis traitent l’eau de lavage pour la réutiliser en circuit fermé.

Dans les plantations de bananes, la collecte des eaux de pluie a été généralisée afin de limiter l’eau prélevée pour l’irrigation. En Martinique, SAPEB, filiale spécialisée dans le béton, recueille ses eaux de procédé dans des bassins de décantation, puis les réutilise pour fabriquer le béton et nettoyer les zones de production. Les magasins Bamitel, Gamm’Vert et Mr Bricolage utilisent la pluie collectée pour arroser les espaces verts, laver les sols et alimenter les chasses d’eau.

2 millions d’eurosfonds créé par GBH à Mayotte après le cyclone Chido pour financer la collecte d’eau de pluie destinée à l’irrigation
80exploitations agricoles déjà aidées en avril 2026

Les autres initiatives, secteur par secteur

  • Blanchisserie : Flovert, au Lamentin, recycle depuis plusieurs années 80 % de ses eaux de nettoyage.
  • Distilleries : en Martinique, Saint-James, Depaz et J.M. récupèrent leurs eaux de production, les traitent puis les réutilisent.
  • Hôtellerie : l’hôtel Akoya (La Réunion) et les Gîtes Couleur Vanille (Guadeloupe) ont prévu la collecte de pluie dès la conception.
  • Projets en cours : en août 2026, Le Jardin de Thalie, complexe réunionnais, a engagé les démarches pour réutiliser ses eaux usées traitées.
  • Embouteillage et transport : en Martinique, SNEMBG et SOTRANSAL vont installer des systèmes de récupération des eaux de pluie.

Ces solutions servent déjà dans certaines exploitations agricoles et dans des bâtiments publics récents des territoires ultramarins. Pour le contexte hexagonal de la même crise, on peut lire le cas de Vagney et Sapois, où l’eau est coupée la nuit.

Photo : Max Chen / Pexels