Le Sage de la Vilaine interdit certains herbicides du maïs sur 1,6 % des terres
Premier schéma de l’eau en France à restreindre des pesticides agricoles, le texte de la Vilaine concerne environ 1,6 % des terres cultivées du bassin.
En bref
- Le Sage du bassin de la Vilaine a été adopté le 16 octobre par la Commission locale de l’eau.
- Il interdit les herbicides de synthèse sur certaines parcelles de maïs, soit environ 1,6 % de la surface agricole du bassin.
- Un budget de 26,5 millions d’euros est prévu, porté surtout par les consommateurs d’eau.
- La FNSEA envisage un recours en justice contre ce texte.
Pour la première fois en France, un schéma de gestion de l’eau pose des limites à certains pesticides agricoles : les membres de la Commission locale de l’eau ont adopté le 16 octobre le Sage de la Vilaine, selon Reporterre. Ce sigle désigne un document de planification de l’eau à l’échelle d’un bassin.
Un schéma voté pour tout le bassin de la Vilaine
Le texte fixe les règles de partage de la ressource et de protection de sa qualité. Grâce à lui, l’eau de plus de 500 communes de Bretagne et des Pays-de-la-Loire sera mieux protégée. Il s’agit du Sage le plus étendu du pays.
Autour de la table de la Commission locale de l’eau siègent des élus, des délégués du monde agricole, des acteurs économiques et des associations. Elle a désigné pour président Ludovic Brossard, conseiller municipal de Rennes et président d’Eau du bassin rennais.
Les herbicides du maïs dans le viseur
Le Sage bannit les herbicides de synthèse sur les parcelles de maïs où le risque d’érosion est fort, dans les aires d’alimentation de captages jugés prioritaires. La mesure vise environ 1,6 % des terres cultivées du bassin versant, soit une portion restreinte.

Selon Ludovic Brossard, l’eau destinée à la consommation humaine renferme de nombreux pesticides et métabolites provenant des herbicides de synthèse du maïs, le S-métolachlore en particulier. Il résume la portée du texte : « C’est la première fois qu’un Schéma d’aménagement et de gestion des eaux restreint certains usages des pesticides agricoles jugés délétères pour la qualité de l’eau. »
Le Sage prévoit aussi des bandes d’inconstructibilité de 10 mètres autour des cours d’eau, et l’interdiction de détruire les zones humides dès le premier mètre carré. Les cas imposés par la loi d’urgence agricole, comme les retenues collinaires, font exception.
Une application par étapes, payée par les usagers
Le déploiement auprès des agriculteurs est prévu en trois temps :
- des diagnostics des parcelles exposées à l’érosion ;
- la proposition de talus ou de bandes enherbées ;
- des paiements pour services environnementaux, c’est-à-dire une aide versée à l’hectare aux exploitants qui abandonnent les herbicides de synthèse.
L’enveloppe atteint 26,5 millions d’euros. Les syndicats de gestion de l’eau et les agences de l’eau la financent, ce qui revient à la faire porter en grande majorité par les consommateurs d’eau.
Un parcours contesté
La Commission locale de l’eau avait approuvé le projet en mars 2025. Une enquête publique a ensuite recueilli plus de 3 500 réponses numériques.
- : la Commission locale de l’eau valide le projet.
- : une manifestation d’acteurs agricoles empêche la commission de se réunir à Châteaubourg.
- : le Premier ministre Sébastien Lecornu suspend par un tweet les décisions locales liées à l’eau, un moratoire.
Ludovic Brossard affirme : « Le gouvernement a essayé de limiter la portée de notre Sage. » À ses yeux, un territoire doté des moyens nécessaires peut prendre des décisions bien plus ambitieuses pour l’intérêt collectif que le gouvernement.
Quant à la FNSEA, elle envisage d’engager un recours en justice contre ce Sage.
Photo : William Lucord / Pexels
