Les puits marginaux, 80 % des installations, reposeront sur les seuls contrôles des exploitants

Washington renonce aux alertes de tiers certifiés sur les fuites de méthane des puits : ce que l’EPA met dans la balance et ce que cela change pour le climat.

Mathieu Lacoste Par Mathieu Lacoste
3 min de lecture
Les puits marginaux, 80 % des installations, reposeront sur les seuls contrôles des exploitants
Chevalet de pompage en exploitation sur un site d’extraction pétrolière en milieu aride.

En bref

  • Le 27 octobre 2026, l’administration Trump a annoncé la fin du Super Emitter Program.
  • Le dispositif visait les fuites d’au moins 100 kg de méthane par heure et devait démarrer en janvier 2027.
  • L’EPA chiffre à 60 millions de tonnes courtes le méthane supplémentaire d’ici 2050.
  • Les États peuvent fixer leurs propres règles, mais peu disposent de programmes solides.

Les producteurs américains de pétrole et de gaz n’auront plus à réagir aux alertes de fuites majeures de méthane émises par des surveillants indépendants. L’administration Trump a en effet annoncé le 27 octobre 2026 la suppression du Super Emitter Program, selon L’Energeek.

Une annonce faite à Lubbock, avant même l’entrée en vigueur

L’annonce est intervenue au cours d’un meeting organisé à Lubbock, au Texas. Elle supprime un dispositif de repérage fondé sur des moniteurs indépendants agréés, dont l’application était prévue dès janvier 2027. Ce programme s’inscrivait dans la réglementation fédérale arrêtée par l’équipe de Joe Biden entre 2023 et 2024 : les exploitants auraient dû réagir aux signalements émis par ces acteurs extérieurs.

Donald Trump l’a formulé ainsi : « Ce soir, je mets officiellement fin aux réglementations coûteuses et inutiles de Biden sur le méthane pour économiser 45 milliards de dollars aux consommateurs et aux producteurs d’énergie. »

Comment fonctionnait la détection

100 kg/hseuil de méthane à partir duquel une fuite était visée
876 tonnesméthane libéré en un an par une seule fuite à ce niveau
  • Le repérage : d’après l’Environmental Protection Fund, cité par NPR, les moniteurs indépendants repèrent de 92 % à 100 % des panaches de méthane lorsque la météo est la plus favorable.
  • L’alerte : une fois la fuite repérée, un signal géolocalisé partait vers l’exploitant et vers l’EPA, l’agence fédérale de protection de l’environnement.
  • La réparation : l’EPA devait confirmer la fuite et en identifier la source, puis la réparer dans un délai réglementaire.

Ce que l’EPA met dans la balance

Élément Estimation de l’EPA
Méthane supplémentaire, 2027 à 2050 60 millions de tonnes courtes (analyse de CNBC)
Production supplémentaire Un supplément de 210 millions de barils de pétrole ainsi que de 1,41 trillion de pieds cubes de gaz, ce qui représente 0,09 % de la production
Baisse du prix du baril en 2027 11 cents, soit 0,14 % du prix actuel
Économies annoncées, 2027 à 2050 45 milliards de dollars, dont 42 milliards de coûts de conformité

L’administrateur de l’EPA, Lee Zeldin, défend la mesure : « Les Américains doivent pouvoir se chauffer l’hiver et faire le plein de leur voiture pour aller travailler. Ils ne peuvent pas le faire quand les producteurs d’énergie sont accablés par des charges inutiles. »

Jon Goldstein, vice-président associé à l’Environmental Defense Fund, avance l’argument inverse : « Le méthane est du gaz naturel. Si vous capturez davantage de gaz naturel, si vous ne le laissez pas fuir, vous avez plus de produit à vendre. Cela compense largement les coûts. »

Puits marginaux, États et durée de vie du méthane

Les puits marginaux, qui produisent moins de 15 barils par jour, forment 80 % des installations actives mais moins de 10 % de la production totale, d’après l’Agence internationale de l’énergie. La détection y repose désormais sur les inspections des exploitants eux-mêmes.

Chaque État reste libre de fixer ses propres exigences. D’après la source, rares sont ceux qui, à l’image de la Californie ou du Colorado, ont mis en place des dispositifs solides.

La question climatique tient à la persistance du gaz : Euronews souligne que le méthane demeure de 7 à 12 ans dans l’atmosphère, alors que le CO₂ y reste plusieurs siècles. D’après l’Agence internationale de l’énergie, les États-Unis arrivent en tête des pays émetteurs de méthane provenant de l’extraction et de la production d’hydrocarbures.

Photo : jayjay13 / Pexels